mardi 6 janvier 2009

voulez-vous être ma pierre de patience?

bon, il est très tard et je ne dors pas!
je suis tourmentée par un problème que j'ai eu aujourd'hui avec un élève de 3ème.
de 17h30 à 18h45, j'accueille au CDI les élèves internes volontaires (une quinzaine). Les salles d'études des internes se trouvent à l'étage, juste au dessus du CDI. Il a été convenu avec les CPE que les élèves ne doivent pas se déplacer durant les études entre les salles, les casiers, l'internat ou le CDI. Cependant, chaque lundi (je n'assure que le lundi), les élèves se succèdent pour "emprunter un livre", "demander un renseignement à un camarade de classe". En écrivant ça, j'ai l'impression de tout interdire aux élèves mais le CDI est ouvert de 17h à 17h30 exclusivement pour les internes afin de leur permettre d'emprunter. Quant aux demandes de renseignements, elles sont le plus souvent un prétexte pour parler aux copains ou récupérer leurs devoirs.
ce soir, un élève de 3ème arrive au CDI pour "demander un renseignement à quelqu'un". Comme je commence à comprendre la musique, je lui demande à qui il veut demander et ce qu'il veut demander. Au lieu de me répondre, il s'approche d'un élève, lui parle à l'oreille et fuit courageusement avec une copie double (DM de math). Je lui demande plusieurs fois de s'arrêter et suis obligée de lui barrer physiquement la route (je me suis interposée entre lui et le couloir!!!). il s'en est suivi 45 min de palabre :
- Moi "rends la copie, elle n'est pas à toi et tricher n'est pas te rendre service"
- Lui " il m'a autorisé à la prendre; je triche pas, je vérifie que j'ai bon; c'est pas votre problème, vous êtes pas prof"

le tout en tournant en rond. il cache la copie derrière lui, je ne veux pas la lui prendre de force mais, en même temps, je ne peux pas cautionner la triche permanente et qui se déroule devant mon nez. de plus, celui-ci s'est montré particulièrement fourbe.

mais voilà, il ne cède pas, je ne cède pas. j'ai quinze gamins qui en profitent pour faire le bazar au CDI (je suis dans le hall avec la porte ouverte). je ne peux pas lui prendre son carnet (il est en salle d'étude...et je ne le reverrai jamais), je ne peux pas laisser les élèves et le CDI sans surveillance. bref, on reste en chien de faïence jusqu'à la fin de l'heure.

comment faire autrement : j'ai essayé la pédagogie, la compréhension, l'écoute, la menace (le dénoncer à son prof de math). J'ai écouté ses arguments (plus ou moins fallacieux) et rien! ais-je tort de considérer les ados comme des êtres raisonnables (doués de raison ;-))? il lui suffisait de me rendre la copie pour qu'il retourne en étude, il aurait revu son copain à la cantine ou à l'internat et lui aurait piqué tout pareil.

et je me retrouve, culpabilisante, à 3h du mat' en train de me demander ce que j'ai raté pour qu'il ne m'obéisse pas. qu'est-ce que j'aurais pu tenter pour désamorcer la situation et éviter qu'il ne se braque ainsi?

si vous avez des idées...

ps : désolée pour le titre : on m'a offert le Goncourt pour Noël et je me lève dans 4h pour déblayer la neige qui recouvre ma voiture, donc je ne me suis pas creusée la cervelle !

6 commentaires:

Elsa a dit…

Ne culpabilise pas, tu as fait ce que tu as pensé bon de faire!

Céline, prof doc a dit…

Bah, tu as fais ce que tu as pu. Moi, à ta place, tu crois que j'aurais fait mieux. Il faut sortir de l'idée qu'on peut tout faire, tout obtenir, résoudre toutes les difficultés (de quelque ordre que ce soit) des élèves.

Tu fais ce que tu peux. Et tu n'as pas à culpabiliser parce que tu fais tout ce que tu peux.

Moi aussi depuis la rentrée j'ai eu des petits soucis avec certains élèves, qui ne se sont pas toujours réglés comme j'aurais voulu (les soucis, hein, pas les élèves, quoique...), mais, quand je rentre chez moi, ben, je passe à autre chose.

Pour me protéger, pour protéger les gens qui m'entourent...

Bon, j'avoue, j'ai un vieux fond insomniaque, et il m'arrive de ne pas dormir même à trois heures du matin. Mais ce n'est jamais à cause d'un élève. C'est sans raison apparente le plus souvent...

A propos de la neige, ici il y en a 10 cm (tombé hier et qui ne fond pas, vu qu'il fait -7°C dehors). Ca promet pour venir à Amiens demain. Bonne chance à tous sur la route !

mali a dit…

merci du soutien!
j'en ai parlé avec des profs plus expérimentés que moi et leur conseil : faire un rapport disciplinaire. Je me sens toujours aussi peu enclin à faire de la rétorsion (un côté "élève" qui sommeille). Donc, j'ai fait un rapport. l'élève en question est déjà connu des conseils de discipline et on m'a dit qu'au fil du temps, le coeur s'endurcit!!!

c'est très dur de se dire qu'on ne peut pas aider tout le monde et de savoir lâcher prise quand il faut. on verra les suites...

Céline, prof doc a dit…

oui, c'est difficile quand tu dois reconnaître que tu ne parviens pas aider un élève...
ça fait toujours mal...

mais quand tu enseignes, par exemple, en Segpa, et que tu as des élèves, qui tout simplement ne savent pas lire, comme moi hier (un gamin de 4e Segpa qui ne sait même pas déchiffrer "le chien est dans le jardin, le chat est dans la maison"), tu es forcé d'admettre que ça dépasse tes compétences, et celles de n'importe quel prof d'ailleurs.


C'est pareil pour le comportement : tu fais ce que tu peux, mais parfois tu dois admettre que tu ne peux pas les aider, parce qu'il y a des facteurs d'ordre familial, social sur lesquels tu n'as pas aucune prise. Bon, je te donne un exemple : au collège, nous avons vu passer plusieurs élèves d'une même famille X. L'an dernier, l'aînée : conseil de discipline, exclusion définitive. Cet année, son frère : conseil de discipline, exclusion définitive. Pourtant cet élève était dans une classe "expérimentale", avec une équipe pédagogique très soudée, dynamique et volontaire, qui a tout fait pour l'aider, et d'ailleurs il a fait un très bon premier trimestre par rapport à l'an passé... Le petit dernier arrive au collège dans deux ans...

Et mets-toi bien dans la tête : Enseigner, éduquer, c'est travailler dans l'incertitude, tenter, faire tout ce que tu peux en sachant que tu ne peux pas tout, et sans savoir à l'avance sur quoi tu peux avoir prise. Et oui, c'est dur. Mais c'est dur pour tout le monde, ça n'a rien à voir avec tes compétences. Il ne faut surtout pas culpabiliser pour ça.

Moi, je tiens ces propos parce que je sais que je suis fragile et que ce genre de situations peut m'atteindre pronfondément. Mais, justement, parce que je le sais, je fais très attention à préserver mon équilibre.

Bon courage pour la suite !

petite noisette a dit…

Comme les autres, je pense que tu ne devrais pas culpabiliser pour ça, même si c'est dur sur le coup. Ce genre d'élève fait exprès de ne pas céder parce qu'il sait que tu ne sais pas comment réagir et que ça va te gêner de le punir.
Pour ce qui est de le "dénoncer" à son prof de math, tu ne devrais pas hésiter!! Chez nous dans la salle des profs ils se racontent tous ce que les élèves font ou ont dit, et surtout s'il était question de tricher pour un devoir!

Bon courage!

Tibouline a dit…

Tu rigoles il est resté bloqué devant ta stature et il ne pouvait plus bougé. Enfin moi c'est ce qui me serait arrivé si tu m'avais coupé la route !!!
On en ai tous au même stage. Moi je me suis fait "engueulé" par des élèves de 1èreES car je leur demandais d'éteindre leur musique (citation: "les documentalistes, elles, nous laissent écouter la musique"). Et depuis ils font le bazar en permanence et rien à faire...
Moi aussi hier soir j'étais frustrée : j'ai complètement raté la dernière séance avec un groupe de 2nde.
Enfin pour dire que c'est pas toujours facile même si globalement ça se passe bien pour tous, j'en suis sure.