samedi 15 novembre 2008

aïe

Aïe, c'est le bruit qu'ont fait mes exigences en se heurtant au principe de réalité de la vie au LP Romain Rolland d'Amiens. Le LP se situe dans les quartiers nord d'Amiens, quartier très populaire avec beaucoup de barres d'immeuble mais en voie de transformation en zone pavillonnaire. Ensuite, c'est le seul LP public d'Amiens. Enfin, le concept d'"orientation par défaut" a été inventé en Picardie. Au collège, l'un des axes du projet d'établissement est d'orienter plus de jeunes vers l'enseignement général car l'orientation en LP est très (trop?) importante. En fait, les parents dévalorisent souvent leurs enfants, n'ont pas les moyens financiers ou intellectuels de les pousser à poursuivre des études longues, les poussent vers le monde du travail le plus vite possible pour "gagner de l'argent". C’est donc une majorité de population très difficile de jeunes adultes en bute avec l'autorité, ayant une mauvaise image d'eux et subissant des pressions sociales impressionnantes. Ne nous égarons pas, il y en a aussi qui sont contents d'être là, qui font ce qu'ils veulent faire et que leurs parents soutiennent; ceux-là sont éclipsés par la majorité!

  • première impression en arrivant au lycée (au-delà de la taille de l'établissement): les élèves sont plus grands que moi, j'aurais du m'habiller moins "jeune" pour qu'on ne me confonde pas avec eux (j'ai dédramatisé la situation : "vous êtes pas une élève?", "non, mais merci de me trouver l'air jeune!")
  • deuxième impression : le CDI est au second étage : comment les élèves viennent? comment fait-on pour monter les escaliers plusieurs fois par jour sans avoir mal aux genoux? le CDI est situé au-dessus de la salle des profs et de l'administration. les élèves viennent malgré l'altitude! le CDI est constitué d'une enfilade de salles et, cerise sur le gâteau, d'une mezzanine : une salle de cours avec quelques vieux ordi (ceux qui lisent les disquettes - nostalgie), le plateau central appelé la "rotonde" avec une vue imprenable sur tout Amiens puisqu'il n'y a que des fenêtres et pas de mur. c'est là qu'est situé le fonds documentaire et fictionnel, les nombreux manuels pour toutes les sections (qui ont des noms barbares). les rayonnages sont disposés en rayons de soleil, les BD sont sous l'un des escaliers de la mezzanine et les 3 ordinateurs-récents- sont derrières ces mêmes escaliers (invisibles pour ma conseillère de pratique accompagnée ou CPA). ces deux escaliers coupent l'espace en deux et rendent une grande partie du plateau inoccupable. ils mènent à la mezzanine où se trouvent l'orientation et les programmes culturels pour une vingtaine de places assises. ensuite, un premier couloir donne accès à une salle de travail de groupe et aux toilettes. un second couloir, séparé du premier par une porte fermée à clé, donne accès à deux autres salles de groupe, à la réserve et aux archives et à la salle vidéo. certes, le CDI est quasiment insurveillable mais, compte-tenu de l'âge des élèves, c'est n'est pas une priorité.
  • je parlais du bruit qu'ont fait mes exigences : les élèves n'enlèvent pas leurs manteaux, ne sortent pas leurs affaires, mangent et jouent avec leurs téléphones en classe, parlent de choses et d'autres mais rarement de la matière enseignée. les professeurs que j'ai vus ne réagissaient pas. je leur ai posé la question et il s'agit d'une stratégie : continuer le cours pour ceux qui suivent car, à se disperser en discipline constamment, on s'épuise pour rien. certains élèves ont tellement de problèmes que, pour eux, se concentrer sur le cours est quasiment impossible. je pense aussi que c'est une technique pour les responsabiliser : c'est leur problème, c'est leur vie.
  • et enfin (je crois), j'ai lu le projet d'établissement : le taux d'absentéisme impressionnant (c'est vrai qu'il y grève des bus de l'agglomération), le nombre de grossesses désirées («mon rêve, c'est d'être femme au foyer"), le taux d'abandon à l'issue de la première année.

Bref, cette journée fut très instructive mais très fatiguante (en fait, la semaine a été très fatiguante)

2 commentaires:

Céline, prof doc a dit…

moi j'ai fait une tête bizarre quand j'ai vu dans le fonds du CDI du LP "Bien vivre sa grossesse".
Mais l'instant d'après je me suis quand même dit qu'en terminale bac pro les élèves ont minimum 19 ans... et parfois 20-21, voire 22...
alors....

Tibouline a dit…

T'inquiète pas on finit par s'habituer à se faire prendre pour une élève, crois-en mon expérience... (surtout quand en plus il y a des BTS et des licences pro dans ton établissement).
Quand à la remarque sur le nom, pour moi il y a pas de soucis de se moquer d'un nom (surtout quand on a soi-même un nom facilement "chahutable" comme le mien ;-)) à partir du moment où ça reste sympa.